Jeu vidéo à impact : dans les coulisses de The Merlies, du studio Blue Ramen
A l’occasion de la sortie du jeu vidéo The Merlies, coproduit avec Darjeeling et édité par Arte France, Blue Ramen nous dévoile les coulisses de leur jeune studio né à La Réunion et dont les œuvres écologiques vont au-delà du divertissement.
De la structuration d’une filière locale à des œuvres écologiques à la portée internationale. Tout commence en 2012, lorsque Loïc Manglou termine ses études de réalisation de jeu vidéo à l’Institut de l’image de l’Océan Indien (ILOI). Rester après ce cursus ? Un pari fou : « Aucune filière de jeu vidéo n’existait à La Réunion », rappelle-t-il. Pour commencer leur carrière, la plupart des jeunes diplômés préfèrent logiquement Paris ou Montréal. Lui décide de monter une première structure avec des amis de promotion, Funky Monky Studio, dans un contexte d’avènement des smartphones propice au développement des jeux mobiles. Une chance, que le jeune entrepreneur parvient à saisir : « On savait faire des jeux vidéo, le marché mobile nous tendait les bras, on s’est logiquement dit qu’il nous fallait débuter par là pour nous faire la main. On a commencé en faisant une quinzaine de jeux mobile avant de séparer, chacun pour monter sa propre structure. » Clin d’œil du destin, quatorze ans plus tard, les associés de la première heure travaillent de nouveau ensemble.
De la consolidation de la filière à la création de son propre studio de jeu vidéo
Cette première expérience dans l’entrepreneuriat convainc Loïc Manglou, qui participe à plusieurs game jam pour lesquelles il remporte un certain nombre de prix. Il participe à la création du collectif Bouftang en 2014, qui deviendra le syndicat des professionnels du jeu vidéo à La Réunion. Une étape importante, qui marque un jalon dans la consolidation de la filière sur l’île : « Les entreprises individuelles ont commencé à se rencontrer, à se dire qu’il y avait peut-être des choses à faire ensemble et à se structurer. La filière réunionnaise du jeu vidéo commençait réellement à entrer en ébullition », résume le game designeur de formation. En parallèle, il endosse pour la première fois un véritable rôle de chef d’épique, en charge de la gestion de projet et du recrutement pour un studio, parfois jusqu’à vingt personnes. Cette étape marque un tournant : « Je suis dit que j’étais enfin prêt pour créer mon propre studio. » Il concrétise son idée en avril 2014 avec la création de Blue Ramen et une promesse, celle de développer des jeux vidéo à impact sociétal. « Le jeu vidéo et le numérique au global peuvent avoir du sens et servir à faire valoir certaines valeurs, notamment écologiques. Quand on créé un jeu, on se demande en priorité de quelle manière on peut sensibiliser les joueurs, à quoi peut servir le temps passé à jouer, au-delà du jeu vidéo lui-même », affirme l’entrepreneur.
Jeu vidéo : Qu’est-ce qu’une game jam ?
Une game jam est un marathon créatif où des équipes conçoivent un jeu vidéo en 24 à 72 heures, souvent autour d’un thème imposé. Pour les jeunes entrepreneurs du jeu vidéo, y participer permet de s’entraîner à prototyper rapidement, de tester des idées innovantes sans risque financier, et de réseauter avec des professionnels et passionnés, tout en enrichissant leur portfolio et leur visibilité dans un secteur compétitif.
Ainsi dans Mafate, projet porté par Blue Ramen et lancé en développement en 2024, le joueur incarne le facteur du cirque de Mafate, lieu emblématique de La Réunion, et part à la découverte de ses paysages et de sa biodiversité en livrant du courrier et en photographiant des espèces endémiques de l’Île. Le jeu, inspiré par l’univers d’Animal Crossing et Pokémon Snap, met en avant la culture locale et la préservation environnementale, tout en offrant une expérience ludique et apaisante. « L’idée à travers des jeux comme Mafate est de valoriser le patrimoine de La Réunion et de créer une IP (propriété intellectuelle) capable de rayonner à l’international », explique Loïc Manglou. Une logique qui a aussi guidé la création du « wholesome vania » The Merlies, dernier projet en date du studio sorti en septembre 2026 en coproduction avec le studio parisien Darjeeling (Pierre the Maze Detective), à la suite de la participation des deux entreprises au programme d’immersion Game Changers, développé par la Villa Albertine. Dans ce jeu, le joueur incarne des oiseaux séparés dans un monde gigantesque après une tempête, où chacun doit retrouver ses semblables tout en explorant les vestiges d’une civilisation éteinte, aucun être humain n’ayant pu y survivre. Une histoire poétique à travers laquelle le studio souhaite aussi soulever de réels enjeux environnementaux. « Nous avons beaucoup innové sur le game design, pour encourager l’entraide et l’esprit collectif et mieux mettre en avant la dimension écologique, et nous visuellement nous lui avons donné une finesse digne d’une belle bande dessinée. Nous espérons que chaque joueur ressortira de cette expérience de jeu transformé. »
Qu’est-ce qu’un wholesome vania ?
Un « wholesome vania » est un sous genre hybride de jeu vidéo qui combine les mécaniques d’exploration non linéaire, de progression par compétences (résolution d’énigmes, collecte de connaissances, interactions avec l’environnement plutôt que par combat) et de cartes interconnectées typiques des « metroidvania » avec l’approche bienveillante, apaisante et positive caractéristique des « wholesome games ». Le genre permet d’offrir une expérience à la fois stimulante pour les joueurs aguerris et accessible pour un public plus large, idéale pour un jeu vidéo à vocation écologique ou patrimoniale.
Pour aller plus loin
Livre French Touch Vision : Quels futurs pour l’économie créative ? Partie 2, La transformation des 8 secteurs créatifs, Jeu vidéo, disponible en librairie.
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