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Le tout télétravail, un mode d’organisation aux enjeux multiples

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Télétravail

Avec la sobriété qui s’est invité au programme de la fin d’été, l’appel du « sans bureau » imprègne l’air de la rentrée. Moins de déplacements, plus de locaux, etc. Et si septembre 2022 marquait notre dernière rentrée au bureau ?

Après la grande vague du « flex office » (« sans bureau fixe »), la nouvelle tendance dans l’entreprise sera-t-elle le « sans bureau » du tout ? Après la crise du Covid 19, et l’expérience du confinement révélant aux manageurs qu’un salarié restant chez lui peut être plus productif qu’au bureau, le sujet est devenu, pour nombre d’entreprises et collaborateurs, une vraie tentation. Coupe dans les charges fixes pour les uns , l’immobilier de bureau étant le deuxième poste de dépenses d’une entreprise. Fin de règne du « métro-boulot-dodo » et promesse d’une vie au diapason de l’époque pour les autres.

En avril dernier, en annonçant au monde entier se lancer à son tour dans l’aventure, après Twitter, Slack, Meta et autre Spotify, le cofondateur d’Airbnb a consacré le phénomène. « Le monde du travail est devenu plus flexible. Notre entreprise ne se serait pas remise aussi vite de la pandémie sans les millions de personnes travaillant dans des Airbnb », a expliqué Brian Chesky avant de détailler les « do&don’t » de sa conception de l’entreprise 100% en télétravail. « Les connexions les plus importantes se font en personne. Zoom, c’est super pour maintenir des relations, mais ce n’est pas le meilleur moyen de les approfondir. Et le travail créatif est meilleur quand il se fait dans la même pièce ». Être au bureau ou ne pas y être – et pour quelles raisons – telle est la question.

« Le 100% télétravail induit une révolution des modes de travail »

Que les inconditionnels de la pause entre collègues devant la machine à café se rassurent : le « télétravail systématique » est loin d’être la norme. On a même déjà assisté à de spectaculaires marches arrière. Comme chez Apple : début mai le CEO Tim Cook a sommé ses troupes de reprendre le chemin du bercail trois jours par semaine, s’engageant dans un dangereux bras de fer avec une partie de ses équipes. Que l’on soit un géant d’Internet ou une PME agile, tout se joue dans l’organisation de la transition, affirme Alexia de Bernardy, fondatrice de l’interface WEbox et auteur de l’ouvrage Les 100 règles d’or pour collaborer à distance. « Que l’enjeu soit financier, culturel ou autre, le 100% télétravail induit une révolution des modes de travail que l’entreprise doit mener à bien afin de pouvoir maintenir l’engagement, la créativité, le team spirit de ses équipes ».

Pour l’entrepreneur, la question se pose d’abord en ces termes : « Il y a des métiers qui se prêtent au 100% télétravail et d’autres non. Je dirais même qu’à l’intérieur d’un même métier, il y a des missions plus adaptées que d’autres. » Un chercheur à Stanford, Nicholas Bloom, a précisé cette notion. « Il distingue les activités « télérobustes ». C’est typiquement de la production intellectuelle dès lors que le collaborateur détient une solide expertise et qu’il peut travailler seul. Il y a enfin les missions « téléfragiles » : tout ce qui concerne l’entretien de réseaux, la négociation de contrats, la promotion de produits, la formation d’équipes… Toutes les activités qui se nourrissent d’échange, d’écoute, de collaboration, de brainstorming et même, je dirais , de sérendipité… » Dernier point, quel que soit le domaine d’activité et le profil de la mission, l’épanouissement du « full remote » va dépendre du mode de management, termine la spécialiste.

Derrière le full remote, l’enjeu est la responsabilisation et l’autonomie des équipes. « En clair, l’entreprise qui a déjà fait sa révolution RH, et qui fonctionne déjà en « flat management », comme Patagonia (la marque de vêtements outdoor basée en Californie, NDLR), avec des équipes responsables de leur propre production, aura plus de chance de réussir qu’une entreprise en management “à la papa. » Pour pouvoir faire fonctionner une entreprise à distance, c’est important que chacun pilote sa propre mission. « A l’échelle du collaborateur : son bulletin de paye dépend de la réussite de sa mission et il doit avoir la main sur les moyens de réaliser ses objectifs ». Parmi les pratiques à mettre en place, Alexia de Bernardy liste : développer les compétences managériales spécifiques, mettre en place des outils d’accès à l’information, donner les moyens aux équipes de donner leur « feed back » et exprimer leur ressenti, fournir des indicateurs à très court terme pour instaurer une culture du résultat, vérifier que le manager sait motiver à distance « presque comme un animateur radio » et permettre à chacun de ne pas tomber dans la routine en lui offrant l’occasion de sortir de son poste…

« Quand j’ai annoncé lâcher nos locaux, personne n’a contesté »

L’histoire de Troops, convertie au 100% télétravail à la sortie de la crise du Covid-19, illustre cette tendance. L’éditeur de logiciel RH lyonnais, pionnier de la « phygitalisation » des agences de travail temporaire, a décroché début septembre la première place du classement réalisé par le magazine Capital des 400 startups où il fait bon travailler. Une médaille de « meilleur employeur » qu’il doit d’abord à la relation de confiance qu’il a su établir avec ses équipes grâce à un suivi quotidien de leur bien-être par une personne dédiée. L’entreprise a aussi mis en place un budget conséquent alloué à la tenue de luxueux séminaires (en Corse, à Cannes pendant le Festival, sur le domaine skiable de Tignes en hiver ou au Cap Ferret) ainsi que des bootcamps en petits comités. Chacun peut décider de réserver trois jours dans un gîte, dans la Drôme ou près des Châteaux de la Loire, pour plancher sur un dossier en mode commando. Enfin, grâce à des semaines « on site », il ne se passe pas plus de deux mois avant qu’une nouvelle recrue rencontre toute l’équipe.

La fondatrice Emilie Legoff qui a trouvé dans ce mode de travail un gain de productivité bénéfique se souvient : « A la fin du confinement mes équipes ont été libres de revenir au bureau ou pas. Le choix du télétravail a été unanime et quand j’ai annoncé lâcher nos locaux à Lyon personne n’a contesté ». La startup qui emploie aujourd’hui 80 personnes voit ses ouailles disséminées partout en Europe, jusqu’en Israël et même en Ukraine avant la guerre, toutes reliées entre elles, par le son et l’image, grâce à l’outil collaboratif Around. « Dans les premiers mois, la connexion en continu était obligatoire mais ça a été très mal vécu, trop intrusif. Maintenant, les équipes se connectent quand elles le souhaitent ». Brancher sa caméra durant les réunions fait tout de même partie des règles obligatoires, tout comme bien manier l’anglais, travailler à l’heure française et disposer d’un solide réseau Wifi. Et si jamais un moment de « blues » tout seul chez soi se fait sentir, Troops promet au collaborateur isolé de lui louer un espace de « coworking » non loin de son domicile.

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