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Les coups de cœur d’Axelle Saint-Cirel De Jessye Norman aux marbres du Louvre

Depuis sa Marseillaise aux JO, la chanteuse lyrique a changé d’échelle, portée par un succès fulgurant. Entre deux répétitions au Canada, La French Touch lui a demandé ses inspirations du moment et ce qu’elle rêverait à son tour de transmettre.

Temps de lecture

9 min

FT Axelle St Cirel

© Sophie Kilian

À tout juste 30 ans, la mezzo-soprano Axelle Saint-Cirel a déjà l’étoffe des grandes : timbre profond, maîtrise technique et présence magnétique, forgées par vingt ans de travail et un parcours exigeant. Lauréate du concours Voix des Outre-mer en 2023, elle a été propulsée sous les projecteurs en juillet 2024, quand sa Marseillaise, chantée sur le toit du Grand Palais lors de l’ouverture des JO, a saisi le pays, et bien au-delà. Depuis, les projets s’enchaînent, sans la détourner de son cap lyrique. La mezzo-soprano est capable de passer d’un répertoire à l’autre tout en gardant une identité claire. Elle vit ce succès comme une responsabilité. Car Axelle Saint-Cirel revendique de devenir, à son tour, un rôle modèle. Comme Jessye Norman l’a été pour elle, en lui rappelant que l’excellence se conquiert par la discipline, le travail et l’estime de soi, bien plus que par l’origine ou la couleur de peau.

Les autres

« Aussi cliché que cela puisse paraître, ce qui m’inspire avant tout, c’est l’humain. Enfant, je passais énormément de temps à observer les autres, dans les transports, à l’école, en écoutant mes professeurs, lors de moments de pause ou même d’ennui. Je m’autorisais à ne rien faire, simplement pour observer, à la façon d’un apprentissage silencieux. Il y a quelque chose de profondément universel à regarder l’autre : il n’est jamais qu’une infime version de soi. L’humain inspire autant par sa beauté que par ses imperfections. À mes yeux, l’essence de notre aventure sur Terre est de progresser et de faire le bien autour de soi. C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi la musique : elle me permet d’espérer et de donner le meilleur de moi-même, à mes proches comme au public. Observer les autres nourrit ma pratique artistique. Même au quotidien, surtout en voyage, je continue à m’émerveiller. Hier, dans un restaurant où j’attendais un café à emporter, j’ai remarqué un petit garçon dans sa poussette, absorbé par le monde autour de lui. Comme moi, il observait avec une curiosité immense. Je me suis dit : « Voilà, tu as le même regard qu’un enfant de trois ans ! ». À cet âge-là, limité par la marche et le langage, la vision devient l’outil principal d’apprentissage. Sa posture, immobile dans la poussette, m’a fait sourire : nous partagions exactement le même geste d’observation. Nos regards se sont croisés, et il m’a adressé un petit signe, presque complice. Dans une époque saturée d’informations, accepter de se mettre en retrait permet souvent de percevoir des détails plus subtils, plus précieux. »

« Tiens-toi droite et chante » de Jessye Norman

« L’autobiographie de Jessye Norman est mon livre de chevet. Sa lecture a été décisive : elle m’a montrée qu’au-delà de la couleur de la peau ou de l’origine, ce sont la discipline, le travail et la confiance en soi qui permettent d’atteindre l’excellence. Je repense souvent à l’impact qu’un simple geste peut avoir : chanter les cheveux lâchés, libres de toute entrave, aux Jeux Olympiques, par exemple, a touché des spectateurs mais aussi des enfants, des jeunes filles... Je reçois encore des messages de parents qui me disent que leur fille a choisi la même coiffure pour la rentrée. Cette reconnaissance d’un rôle modèle me pousse à assumer le mien : rappeler qu’il ne s’agit pas seulement d’une image, mais d’une exigence artistique et d’une maîtrise vocale acquise en vingt ans, dans huit langues et divers répertoires. Mon parcours personnel, entre la Malaisie, les Antilles, la France hexagonale, l’apprentissage de l’anglais, du chinois, de l’espagnol, puis du répertoire lyrique en italien, allemand et latin, m’a donné une oreille ouverte et une curiosité sans cesse stimulée. Cette année encore, entre hommages à Sylvie Vartan, Victoires de la Musique ou concerts pour la Fondation des Femmes, j’ai voulu montrer qu’il est possible de conjuguer différents univers musicaux tout en restant profondément chanteuse lyrique. Comme Jessye Norman, qui passait du gospel à l’opéra, j’espère à mon tour devenir un modèle, non seulement par ma voix, mais aussi par l’image d’une artiste capable d’incarner pleinement sa position. De plus, voir Jessye Norman en couverture de ce livre, en robe tricolore chantant la Marseillaise, puis vivre moi-même un moment similaire, a renforcé ce lien. L’image a marqué les esprits : beaucoup ont fait le parallèle entre elle et moi. Cela m’a confortée dans l’idée d’avoir choisi la bonne référence, une artiste qui a fait l’unanimité par son exigence et son immense talent. »

Les tours Petronas à Kuala Lumpur

« Les tours Petronas de Kuala Lumpur symbolisent pour moi le génie humain dans toute sa splendeur. Entre mes deux et huit ans, j’ai grandi en Malaisie. En visitant ces tours, je me souviens avoir réalisé pour la première fois que l’homme pouvait accomplir des choses grandioses, créer des œuvres immenses. L’avion, les fusées, les satellites, Internet… tout est né d’une idée rendue concrète, inscrite dans la matière. Ce souvenir a marqué ma prise de conscience : rien n’est trop grand pour être impossible. »


© Sophie Kilian

« Inception », « Matrix », « The Truman Show » et « Le Cinquième Élément »

« Ces quatre films m’inspirent profondément. Ils mettent tous en scène des personnages qui, à un moment, découvrent qu’il existe une réalité au-delà de celle qu’on leur présente. Ce « déclic » change tout : il ouvre d’autres dimensions, d’autres alliances, une nouvelle façon de voir le monde. Je me reconnais dans ce processus. Mon parcours est fait de paramètres multiples (l’Asie, la France, la musique, le théâtre…) qui ont parfois suscité l’incompréhension. Et, comme dans ces films, j’ai souvent avancé grâce à un déclic, au moment où j’étais prête à franchir un cap. La peur a toujours accompagné ces étapes, mais j’ai appris à la transformer en alliée. Les Jeux Olympiques en sont un exemple : peur de l’exposition, peur d’être jugée, peur de détonner. Pourtant, en acceptant cette peur, j’ai trouvé la force de rester fidèle à mon identité de chanteuse lyrique « plurivocalisante », capable de passer d’un répertoire à l’autre sans perdre ma voix propre. Ce que m’enseignent ces films, c’est qu’il ne s’agit pas de super-pouvoirs façon Marvel, mais de la capacité humaine à voir plus loin que ce qui est donné. Avec nos limites, nos émotions et nos fragilités, nous pouvons transformer l’inconnu en espace de création. »

Le Louvre et le département des sculptures

« Quand j’étais étudiante, j’ai profité de la gratuité des musées parisiens pour les moins de 26 ans. En arrivant à Paris, je passais toutes mes heures libres au Louvre, explorant sans me presser les galeries, sans avoir à faire la queue. Mon lieu préféré ? Le département des sculptures en marbre. J’aime ce qui est très esthétique, et le marbre a quelque chose de fascinant : il contient déjà ce qui n’existe pas encore. Dans un bloc de pierre massif, le sculpteur devine ce qu’il va créer. Une sphère, un visage, un buste, une nymphe… chaque forme est cachée dans la matière brute. Cette transformation du solide en vivant est incroyable. Les drapés semblent réels, la matière froide prend vie sous le geste de l’artiste. Il y a ce contraste saisissant entre le blanc froid du marbre et la sensibilité extrême que le sculpteur y insuffle. Une œuvre comme « La nymphe au scorpion » de Lorenzo Bartolini en est un parfait exemple : à première vue, une femme se tient le pied, mais un petit scorpion se cache sous sa jambe. Si on ne regarde pas attentivement, on passe à côté de toute la subtilité et du sens de l’oeuvre. C’est exactement ce qui m’inspire dans la musique : les détails, parfois minuscules, portent le sens de l’ensemble. Chaque nuance, chaque infime élément, peut transformer complètement l’expérience. Comme dans ces sculptures, il suffit de regarder au bon endroit pour que tout prenne sens. »

Le spectre de la rose d’Hector Berlioz

« Hector Berlioz a mis en musique un poème de Théophile Gautier dans son opéra « Les Nuits d’été », où une rose s’adresse à celui qui l’a cueillie et glissée dans sa poche. Ce geste simple, à l’origine de la mort de la fleur, est à la fois tragique et profondément beau : la rose se réjouit d’avoir partagé cet instant avec l’être humain. Je l’ai interprétée récemment à Genève, au Victoria Hall, avec l’Orchestre des Nations, lors d’une projection d’extraits du film de « Our Home » de Yann Arthus-Bertrand, soulignant l’importance de la planète et de sa préservation. Prochaine étape : Stuttgart, avec la Philharmonie d’Allemagne. Quinze ans que je travaille cet air, qui m’accompagne comme une réflexion sur la vie, la beauté et la fragilité. Ce poème et sa mélodie révèlent la complexité de l’homme : la tentation de cueillir une rose parce qu’elle est belle, l’acte qui la condamne, et pourtant l’innocence de la fleur, qui ne reproche rien. La musique de Berlioz amplifie cette simplicité et cette profondeur, offrant au chanteur et au public un moment de pure beauté. »

Où voir et écouter Axelle Saint-Cirel prochainement ?

Le 18 janvier : Récital 2026 à l’ Équinoxe de Châteauroux
Le 24 janvier : « Amazing » au Châtelet Music Club
Le 25 mars au 2 avril 2026 : « La Flûte Enchantée » à l’Opéra de Bordeaux
Le 13 avril 2026 : « Opera for Peace » à la Tour Eiffel
Le 22 au 30 juin : « Porgy and Bess » au Théâtre des Champs-Élysées

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