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Les coups de cœur de Jean-Charles de Castelbajac, de Kid Cudi à Gustave Courbet

En 2026, l’humanisme a un nom : Jean-Charles de Castelbajac. Aux Abattoirs de Toulouse, l’élégant créateur des anges de rue à la craie blanche déploie, jusqu’au 23 août, une rétrospective rayonnante et éclectique. Un 360° d’un imaginaire libre où tout dialogue. À cette occasion, il nous a confié ses inspirations du moment.

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7 min

FT JC Castelbajac

Jean-Charles de Castelbajac par © Joséphine Day

 

©Marc Domage

©Marc Domage

Jean-Charles de Castelbajac n’a jamais conçu la mode comme un territoire clos, mais comme un champ d’expériences où se croisent histoire, pop culture et spiritualité. Son œuvre déborde du vêtement : fresque monumentale de 3000 m² à Orly, anges dessinés à la craie dans les rues de Paris depuis plus de trente ans ou encore costumes liturgiques pour les Journées mondiales de la jeunesse en 1997 et la réouverture de Notre-Dame. « Mon travail est une constellation », confie-t-il, une cartographie sensible où se répondent les époques et les rencontres.

©Philippe Garcia

©Philippe Garcia

Kid Cudi

« Kid Cudi a exposé pour la première fois ses tableaux en choisissant pour cela la galerie parisienne Rutkowski 68, dans le Marais. Son travail pictural est déroutant, précisément parce qu’il émane d’un artiste qui maîtrise parfaitement son médium musical. Génie inquiet, Kid Cudi ne cesse de se remettre en question, c'est ce qui me touche chez lui. Son dernier album marquait déjà un déplacement, du hip-hop vers une pop plus fragile. Avec la peinture, il poursuit ce mouvement : il s’y met à nu, avance sur une glace fine, avec des tableaux naïfs et épurés, peuplés de nuages et de figures en suspension. Je ne suis pas amateur de rap ; c'est plutôt le rap qui s’est intéressé à mon travail, lorsque j’habillais Jay-Z puis Kanye West. Mais Kid Cudi est avant tout un poète du rap, et j'aime profondément cette porosité entre les disciplines. J’ai toujours été sensible au geste amateur chez les artistes de génie, comme les dessins de Juliette Binoche, dans « Les Amants du Pont-Neuf ». Aujourd’hui, on ne parle plus de « touche à tout », mais d’artistes pluriels, d'art total. »

Chaillot Expérience Mode

© Say Who

© Say Who

« J’ai travaillé, à Chaillot, le Théâtre National de la Danse, sur une nouvelle édition du « Chaillot Expérience Mode ». J’ai convié à cette occasion le danseur Léo Walk à concevoir une performance : « Irruption Chromatique ». Cette invitation est née lorsque Pierre Lungheretti et Fatine Layt m'ont proposé d'être parrain du festival. Cette performance prend la forme d’un ballet immersif de dix minutes que je mets en scène en dessinant en direct, aux côtés de ce talentueux artiste. Présentée à trois reprises durant le week-end, dans les espaces de Chaillot, elle invitait le public à une expérience participative. Il s’agit de ma deuxième création chorégraphique, après « Le Petit Prince » au Casino de Paris en 2002 : une nouvelle étape que j’ai abordé avec enthousiasme, portée par la dimension du mouvement et la poésie du travail de Léo Walk. »

© Say Who

© Say Who

« Rose poussière » de Jean-Jacques Schuhl

« C'est un livre qui m'a beaucoup touché. Jean-Jacques Schuhl a peu écrit, il a été pris de court avec Ingrid Caven Dans ce petit livre, apparait un personnage que j'aime beaucoup, Frankenstein le dandy, qui dit cette phrase magnifique : « Il n'y a pas de plus beau geste que de jeter une rose dans une tombe grande ouverte ». Cette errance, cette flânerie, me fait penser à Restif de la Bretonne dans « Les Nuits de Paris ». Comme Restif, Frankenstein le dandy est un flâneur. Tout à l'heure, vous avez employé le mot « nonchalance » : je suis toujours en quête de personnages romanesques qui ont su préserver cette manière singulière d’habiter le temps. »

 « Jean-Charles de Castelbajac. L’imagination au pouvoir » © Marc Domage

« Jean-Charles de Castelbajac. L’imagination au pouvoir » © Marc Domage

Le rappeur 3010

« J’ai récemment travaillé avec le collectif de design Hall Haus sur une série de chaises qui m’a beaucoup intéressé. Ensemble, nous avons revisité une chaise de palabre africaine. C’est par ce collectif issu de la culture suburbaine que j’ai rencontré le jeune rappeur 3010. Il m'a proposé un « featuring » sur son album « Baraka ». Le projet m’a touché, car le mot « baraka » renvoie au mot « chance ». J’y suis intervenu en racontant une autre histoire de baraka... Celle de Francesco Baracca, pilote de chasse italien de la Première Guerre Mondiale, crédité d’une trentaine de victoires, mort dans le crash de son avion. Un jour, la comtesse Baracca voit arriver un jeune Italien qui lui demande d’utiliser le blason figurant sur l’avion de Francesco Baracca : un cheval noir cabré sur fond jaune. Ce jeune homme, c’était Enzo Ferrari. Il aimait ce symbole parce que, disait-il, Baraka incarnait la chance, celle d’avoir traversé tous les combats, mais aussi la vitesse et le courage. La comtesse accepta, et les armes des Baracca devinrent le logo des Ferrari. C’est cette histoire, simple et belle, que je raconte dans mon « featuring » avec 3010. J’aime ces petites histoires de la grande Histoire, celle-ci en particulier que mon père m’avait racontée et qui ne m’a jamais quittée. »

Jacques-Louis David et Gustave Courbet

Marat assassiné de Jacques-Louis David© Musée du Louvre / Mathieu Rabeau

Marat assassiné de Jacques-Louis David
© Musée du Louvre / Mathieu Rabeau

 

Exposition Jacques-Louis David © 2025 Musée du Louvre / Audrey Viger

Exposition Jacques-Louis David
© 2025 Musée du Louvre / Audrey Viger

« Le parcours de Jacques-Louis David, exposé l’hiver dernier au Louvre, m’interpelle profondément. Membre du Comité de salut public, responsable d’envois à l'échafaud, il est aussi l’auteur de portraits d’une délicatesse presque innocente, parfois ceux mêmes de familles qu'il a contribué à briser. Son œuvre est éminemment politique, portée par une virtuosité absolue. Cet artiste du tumulte me fascine, et cette exposition à l’occasion du bicentenaire de sa mort était admirable. Elle dialogue avec Gustave Courbet, notamment à travers « Le Désespéré », actuellement au musée d’Orsay, tableau d’une modernité saisissante. Je commence ainsi par deux peintres du passé, mais d’une actualité brûlante : David, dans « La Mort de Marat », ou « Le Sacre de l'Empereur » ; Courbet, dans « L'Origine du Monde ». Tous deux furent des artistes profondément politiques : Courbet participa à la destruction de la colonne de Vendôme, et tous deux connurent l’exil. Leur œuvre éclaire notre présent : elle dit le compromis permanent, ce compromis de l'âme, entre l'engagement pour le combat et la sensibilité de la main. Et puis il y a le génie, bien sûr, deux génies engagés sur un chemin tumultueux, tiraillés entre leur passion politique et leur art. C’est cela, avant tout, qui m'intéresse. »

 

EXPOSITION « Jean-Charles de Castelbajac. L’imagination au pouvoir »

Aux Abattoirs de Toulouse, Jean-Charles de Castelbajac signe bien plus qu’une rétrospective. Une expérience totale dans un imaginaire en liberté. « L’imagination au pouvoir » réunit près de 300 œuvres (mode, dessins, objets, collages) et révèle la cohérence d’un parcours pourtant indiscipliné. De ses manteaux en couverture aux silhouettes peuplées de peluches, de ses robes-poèmes à ses collaborations avec les figures majeures de la pop culture, tout ici raconte une même obsession : relier les mondes. Un beau livre accompagne l’exposition pour prolonger ce voyage dans l’univers singulier de Castelbajac. Jusqu’au 23 août, www.lesabattoirs.org

Exposition « Jean-Charles de Castelbajac. L’imagination au pouvoir » aux Abattoirs de Toulouse jusqu’au 23 août © Marc Domage

 

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