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Les coups de cœur de Thylacine : de la violoncelliste Cécile Lacharme à la « street food » d’Istanbul

Des montagnes suisses aux quais d’Istanbul, Thylacine a l’oreille voyageuse. À l’aube d’une nouvelle tournée, le musicien roi de l’électro nous ouvre son paysage intime. 

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8 min

FT Thylacine1

© Cécile Chabert

William Rezé, alias Thylacine, a fait du voyage sa méthode de composition. Saxophoniste de formation, le musicien et producteur français nourrit depuis « Transsiberian », enregistré à bord du mythique train, une électro mélodique de sons captés sur la route, d’instruments acoustiques et de rencontres. Cordillère des Andes, îles Féroé, Turquie, chaque territoire devient une matière sonore. Pour le volume trois de sa série « Roads », sorti en 2025, c’est en Afrique australe, notamment en Namibie, qu’il a installé son studio nomade dans une caravane Airstream de 1972. Après une première série de concerts (prochaine date : le 3 octobre à Izmir), il repartira sur les routes de janvier à mars 2027 pour quatorze dates en France et en Belgique, de Rennes à l’Olympia, le 24 mars. Entre-temps, Thylacine est aussi devenu, littéralement, le son de la Suisse. Pour la campagne « Swiss Sounds » de Suisse Tourisme et Travel Switzerland, il a sillonné le pays pendant seize jours et enregistré plus de 200 sons (trains, bateaux, téléphériques, pluie sur un lac ou cloches de vaches) avant de les transformer en un morceau et un film. Une carte postale sonore qui a rencontré un succès spectaculaire : Travel Switzerland a revendiqué 20 millions de vues en deux mois. À l’occasion de cette nouvelle tournée, il nous confie ses cinq coups de cœur du moment, de la violoncelliste Cécile Lacharme aux quais d’Istanbul.

www.thylacinemusic.com

1/ La violoncelliste Cécile Lacharme

« Musicalement, je pense à « Dérive », le premier album d’une jeune violoncelliste, Cécile Lacharme. Tout est basé sur le violoncelle. Je trouve cet album magnifique, très bien pensé, très moderne, avec quelque chose de très frais qui fait beaucoup de bien. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi abouti. Je l’ai découverte grâce à mes parents : elle avait donné un concert au Chabada, à Angers, et ils m’ont envoyé sa musique. Pour une fois, ils étaient précurseurs ! Nous discutons d’ailleurs actuellement de la possibilité qu’elle assure les premières parties de ma prochaine tournée, ce que j’adorerais. »

© Cécile Chabert

« Je recherche beaucoup de musique acoustique pour mes premières parties. Lors de ma dernière tournée, Vraell, un guitariste qui chante également, en assurait presque toutes les dates. J’aime casser ce préjugé selon lequel, puisque je fais de la musique électronique, la soirée sera forcément électro. Mon but est avant tout de faire des concerts. J’utilise l’électronique, mais aussi beaucoup d’instruments. À l’ère de l’IA, je trouve encore plus important de conserver sur scène du son organique et de la performance, de vivre quelque chose ensemble qui ne soit pas préenregistré. L’IA nous donne peut-être encore davantage envie d’aller chercher cette chaleur, cette imperfection et cette humanité que permet l’instrument. »

© Cécile Chabert

 2/ Le Val d’Hérens

« Le Val d’Hérens, en Suisse, est un peu mon paradis. C’est là que je vais quand j’ai vraiment besoin de souffler. Il y a de petites granges réaménagées en logements minuscules, dans des villages d’alpage en pleine montagne, sans station de ski. Là où je vais, il n’y a même pas de route : je prends le train, puis le bus, et je termine par une petite randonnée pour rejoindre le village. Mon refuge absolu. Lorsque mon Olympia a été annulé en 2020 à cause du Covid, je suis parti là-bas. Le confinement est arrivé et, au lieu d’une semaine, j’y suis finalement resté un mois et demi. C’était assez exceptionnel. J’aime aussi le caractère extrêmement préservé de cette région. Il n’y a pas de développement touristique important et le son y est incroyable. On entend les insectes, les oiseaux : c’est une véritable symphonie, du matin au soir et même la nuit. Pour moi qui viens de Paris, c’est extrêmement apaisant. »

3/ « Les Trois Mousquetaires »

« Le grand roman d’Alexandre Dumas me fait beaucoup de bien. J’ai également lu « Vingt ans après » et je vais maintenant commencer « Le Comte de Monte-Cristo ». Je trouve très rafraîchissant de me plonger dans une temporalité complètement différente. C’est fascinant de reconnaître les rues de Paris tout en découvrant une vie où tout se fait à cheval ou en carrosse. Et puis il y a l’aventure et cette écriture qui est, pour moi, un peu le Netflix de l’époque : ces histoires paraissaient dans les journaux comme des séries, avec une dimension populaire. C’est extrêmement agréable à lire, jamais lourd. L’écriture est merveilleuse, on se laisse porter. Je suis devenu complètement accroc et j’étais très heureux de pouvoir l’être à un livre aussi ancien, à un classique, alors que je ne suis pas du tout né avec un amour de la littérature. C’est seulement récemment que j’arrive vraiment à m’y plonger. Je dois cette découverte à un ami qui lit énormément. Cela faisait des mois que je lui demandais de me préparer une liste de livres importants pour lui. Un jour, j’ai reçu une commande de 24 livres qu’il avait choisis pour moi, tous très différents. C’est l’un des meilleurs cadeaux que j’aie reçus. C’est grâce à lui que je me suis mis à lire Dumas. »

© Cécile Chabert

4/ Mon studio de musique

« J’ai eu la chance de pouvoir construire mon propre studio de musique à Paris. Il n’est plus chez moi : j’y vais tous les jours, tous les matins. Ce que j’adore, c’est d’arriver dans une pièce où le silence est absolument impeccable. Commencer ainsi ma journée, sauf lorsque je suis en tournée, par ce moment de silence complet, est assez exceptionnel. Cela me fait aussi prendre conscience de la chance que j’ai de disposer d’un tel lieu pour travailler.

Évidemment, le son du studio est incroyable et nous avons énormément travaillé dessus. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas, et que j’apprécie chaque jour, c’est ce calme absolu, sans aucune perturbation sonore. Il m’arrive de passer la première heure sans écouter la moindre musique, simplement à travailler sur mes idées ou sur ce que j’ai à faire, dans un silence total. Mon oreille s’est affinée parce qu’elle est une partie importante de mon métier. Je suis donc plus sensible à certains bruits et davantage conscient de la fatigue auditive. Dans un hôtel, par exemple, je débranche systématiquement le réfrigérateur. Certaines personnes, à l’inverse, ne supportent pas mon studio parce qu’il est extrêmement mat : il n’y a aucune réverbération, aucun écho, même le son de la voix s’arrête net. Pour moi, c’est le bonheur absolu. »

© Mathieu_Foucher

5/ Les wraps de poissons d’Istanbul

« Je pense aussi aux wraps de poissons que l’on trouve au bord du Bosphore, à Istanbul, du côté de Galata et de Beyoğlu. Il y a plein de petits stands qui préparent du poisson grillé avec beaucoup d’épices, assez particulières par rapport à celles que l’on utilise chez nous. J’ai développé une véritable addiction à ces petits sandwichs, que je trouve exceptionnels. J’ai la chance de donner assez régulièrement des concerts à Istanbul et d’y avoir réalisé plusieurs projets, donc je peux y retourner. Au départ, je n’osais pas vraiment en manger. Le poisson vient du Bosphore, d’énormes bateaux passent en permanence, ce n’est pas forcément l’endroit qui paraît le plus sain au monde… Puis j’ai fini par en goûter un et j’ai complètement adoré. J’ai voyagé ailleurs en Turquie sans jamais retrouver la même chose. Les saveurs explosent alors que ces sandwichs paraissent très simples. Pour moi, ils sont indissociables de la magie d’Istanbul, de toute cette énergie sur les quais, des pêcheurs sur les ponts, des odeurs de poisson grillé et d’épices. C’est extrêmement enivrant. Istanbul est l’une de mes villes préférées et je trouve ces quais vraiment incroyables. Il y règne une atmosphère absolument unique. »

© Cécile Chabert

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