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Paul Marque, danseur étoile à l’Opéra de Paris à We Are French Touch par Bpifrance : « sans le public, on ne vit pas »

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9 min

Paul Marque ©James Bort

Paul Marque ©James Bort

 

Le danseur étoile de l’Opéra de Paris Paul Marque était l’invité de la grande scène de We are French Touch, organisé par Bpifrance à la Maison de la Mutualité. A cette occasion il a accepté de répondre à nos questions avec cette grâce qui le caractérise.

Paul Marque et Constance Arnoult, co-fondatrice du média culturel L'éloge, sur la scène Plein cadre lors du We Are French Touch à la Maison de la Mutualité.

Paul Marque et Constance Arnoult, co-fondatrice du média culturel L’éloge, sur la scène Plein cadre lors du We Are French Touch à la Maison de la Mutualité.

 

Revivez l’événement We Are French Touch édition 2023

 

French Touch : Vous avez commencé la danse très jeune. Quel petit garçon étiez-vous ?

Paul Marque : C’est une très bonne question, mais à poser à mes parents (rires) ! J’étais très joyeux, un peu hyperactif sur les bords comme beaucoup d’enfants, et puis déjà passionné. Je dansais partout : dans la rue, dans la cour de récré… D’après mes frères et sœurs je subissais des moqueries à l’école parce que je faisais de la danse.

 

FT : Comment la danse est-elle venue accrocher votre personnalité ?

PM : Je n’ai pas de souvenir parce que j’ai commencé vraiment très tôt. On n’a pas de souvenirs de la petite enfance. La danse a toujours été avec moi et même encore aujourd’hui. J’ai hâte d’être en week-end, mais je sais qu’au bout de deux jours danser va me manquer et je n’aurais qu’une seule hâte, c’est d’être le lundi pour retourner à mon cours. C’est vraiment une partie intégrante de moi.

 

FT : Le 13 décembre 2020, après le spectacle de la Bayadère, sans public mais avec 10 000 spectateurs à distance, vous êtes nommé danseur étoile par la direction de l’Opéra de Paris. La tradition veut que ce soit une annonce surprise. Qu’est-ce qui, selon vous, a déclenché cette décision ?

PM : Je ne le comprends toujours pas… vraiment ! On accède à tous les autres grades par concours : le jour J si on est le meilleur, on décroche le poste, c’est factuel et à une date précise. Mais sur cette nomination, encore aujourd’hui, trois ans après, je ne sais pas comment cela a été décidé, si cela a été discuté longtemps à l’avance, si c’est arrivé au dernier moment… C’est tellement sacré et mythique que même si tous les 1800 employés de l’Opéra sont au courant, la personne concernée n’en saura rien. C’est trop sacré pour être bafoué.

 

FT : Devenir danseur étoile vous faisait rêver depuis tout petit. Comment endosse-t-on un tel rôle ?

PM : Je rêvais d’être danseur étoile, mais ce qui me faisait rêver, c’était de danser les premiers rôles. C’était vraiment ça que je voulais faire : quand je voyais un ballet, je voulais faire le premier rôle de la Bayadère, du Lac des Cygnes, de Casse-Noisette… Quand j’étais premier danseur, j’ai eu cette chance là, de beaucoup danser ces rôles. Donc c’est une construction progressive. La première fois que j’ai fait un tout premier rôle soliste, le rôle de Basilio dans Don Quichotte, j’ai cru que j’allais mourir… Je me suis dit que je n’y arriverai jamais, et au fur et à mesure cela s’est construit. Comme dans n’importe quel métier, on a une formation, et puis on vous confie un peu plus de responsabilités et on doit les endosser. Avec l’expérience, on apprend à gérer, on apprend comment faire.

 

FT : L’extrême compétition, les tensions inhérentes au niveau d’excellence que vous pratiquez, la pression de la performance physique… Tout semble glisser sur vous. Quel est votre secret ?

PM : Tant mieux si ça a l’air de glisser ! Je suis très stressé de nature depuis tout petit. Depuis aussi longtemps que je me souvienne, je n’ai jamais arrêté de me ronger les ongles… J’ai travaillé énormément sur mon anxiété, parce que mon tout premier rôle de demi-soliste, c’était ulcère, plaques d’eczéma, boule au ventre, sans dormir la veille… Ça se travaille et ça vient aussi avec l’expérience : le fait de danser, beaucoup, de répéter les rôles, d’avoir l’habitude de ce train de vie, ce sont des choses auxquelles on s’habitue. Jamais à 100%, mais malgré tout, il y a des choses comme le stress qu’on peut complètement laisser de côté pour garder un petit bout d’adrénaline, profiter, s’éclater.

 

FT : Arrivez-vous, parfois, à lâcher le contrôle ?

PM : Oui, bien sûr, il y a des choses qu’il faut contrôler et des choses qu’il faut laisser au hasard.

 

FT : Nous sommes au cœur de l’événement We Are French Touch. On y parle d’intelligence artificielle, de réalité virtuelle. Ces univers vous sont-ils familiers ? Avez-vous, par exemple, vérifié ce que ChatGPT dit de vous ?

PM : Non pas du tout ! En fait je trouve génial d’évoluer avec son temps, de toujours pouvoir se perfectionner, de découvrir de nouvelles choses, tout en gardant à l’esprit que ça ne pourra pas tout remplacer.

 

FT : La danse et le spectacle vivant sont-ils solubles dans la réalité virtuelle selon vous ? Ou perdraient-ils tout leur sens ?

PM : Tous leurs sens, je ne sais pas, une grande partie pour sûr. Le spectacle vivant, pour moi, ne pourra jamais être remplacé par du « live » ou comme les artistes qui sont remplacés par des intelligences artificielles. Le principe du spectacle vivant, c’est d’aller voir des artistes, d’aller explorer leur univers. Et si cela ne se fait pas d’humain à humain, c’est différent. C’est la différence entre aller au théâtre et voir un film. Je ne dis pas qu’il y en a un qui est meilleur que l’autre, ce sont deux choses différentes.

 

FT : Vous « ressentez » le public sur scène ?

PM : Nous, sans le public, on ne vit pas et le public, sans nous, ne peut pas aller au spectacle. C’est vraiment une connexion. Et cette connexion, si elle ne se fait pas en vrai, en palpable, elle ne se fait pas ou elle se fait différemment.

 

FT : Quel est ce petit delta qui fait tout ?

PM : Un film, vous pouvez mettre sur pause ; un ballet, on ne le met pas sur pause. Les gens viennent, et s’apprêtent vraiment à regarder cette histoire. Ils achètent leurs billets en conscience, ils se préparent pour aller au théâtre, ils vont dans un lieu pour cette expérience-là. À nouveau, c’est très différent que de regarder un film sur une plateforme en « streaming » à la maison. Par définition, le spectacle vivant, c’est vivant et c’est en présentiel.

 

FT : Depuis trois ans que vous êtes dans la lumière, ressentez-vous le besoin d’une prise de parole ?

PM : Prendre la parole, je le fais quand j’en ai envie ou quand ça me tient à cœur. Je le fais rarement pour « le faire ». Aujourd’hui, on a plein d’outils qui le permettent. Par exemple, il existe un nombre de clichés astronomiques sur la danse ancrés dans l’inconscient collectif, mais qui peu à peu disparaissent. Et cela passe sans forcément dire des mots, par montrer les répétitions sur Instagram, faire des « lives » sur Facebook, aller sur « Tiktok ». Ma prise de parole est assez silencieuse, pour ma voix en tout cas, parce que je parle peu, je fais un métier où l’on ne parle pas par définition. Donc la plupart du temps, quand je m’exprime, c’est à travers le mouvement.

 

FT : Quel est le souvenir d’une pièce ou d’un spectacle que vous avez donné et qui s’inscrit dans une vraie contemporanéité ?

PM : Il y a plein de grands ballets classiques, mais l’un me vient à l’esprit, c’est Mayerling. Un ballet d’époque racontant l’histoire du Prince Rodolphe, du début de sa vie jusqu’à son suicide. Sauf que c’est un ballet, alors certes, avec des décors d’époque, des robes d’époque, des costumes, de la musique… Mais c’est un rôle où je me suis retrouvé sur scène à boire, à me droguer, à essayer de tuer mon père, à violer des femmes, à être malade de MST, le corps complètement ravagé… Je trouve que c’est quelque chose qui est assez moderne, même si ça a été écrit il y a longtemps. La modernité, on la trouve un peu où l’on veut.

 

FT : Vous représentez la relève pour beaucoup de jeunes qui viennent voir vos ballets, et vous incarnez même une génération. Parmi les grands débats de société, quels sont ceux qui vous animent ?

PM : Alors dit très grossièrement, ma mission comme danseur, c’est une mission de divertissement. Les gens viennent au spectacle pour se détendre, pour s’évader, pour qu’on leur raconte une histoire. Et moi, j’adore ça. Parce qu’aujourd’hui, si on était vraiment dans un monde sans culture, si on enlevait la culture, toute la culture et le beau du monde, je pense que la situation serait bien pire. A partir du moment où l’on garde un peu de culture, on garde un peu de beau et d’humanité, c’est tellement important. Sinon on se taperait tous les uns sur les autres et ça redeviendrait la jungle et la loi du plus fort.

 

FT : Dans la période intranquille actuelle, vous sentez vous un rôle à jouer ?

PM : Oui et non, peut-être un rôle dans cette grande chaîne, pour conserver un peu de rêve, conserver un peu de beauté et permettre aux gens de s’évader. Ça reste minime, mais je pense que si tout le monde s’y mettait, ne serait-ce qu’un tout petit peu, on se porterait bien mieux. C’est peut-être très idéaliste, mais j’y crois dur comme fer.

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