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Les coups de cœur de Sabine Devieilhe : d’Adèle Yon aux fraises d’Aix-en-Provence

Récompensée pour la troisième fois comme « artiste lyrique de l’année » aux Victoires de la musique, Sabine Devieilhe s’est imposée comme l’une des voix majeures de sa génération. Entre deux prises de rôle, la soprano partage ses inspirations.

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5 min

FT Sabine Devieilhe Bannière @sabine Warner

© Sabine Warner

 

Depuis ses débuts, Sabine Devieilhe trace un parcours singulier sur la scène lyrique internationale. Formée au violoncelle avant de se tourner vers le chant, la soprano française s’est illustrée aussi bien dans le répertoire baroque que chez Mozart, Rameau, Debussy ou Strauss. Saluée pour la pureté de son timbre, son intelligence musicale et son sens du théâtre, elle enchaîne aujourd’hui les plus grandes scènes européennes. Après son succès, à Paris, dans la mise en scène d’Evgeny Titov de « Lucie de Lammermoor » de Donizetti, la suite s’annonce tout aussi brillante : « Reine de la Nuit » à Aix-en-Provence cet été, « Ariane à Naxos » à Munich à l’automne, avant une tournée de la Messe en ut avec Pygmalion.

« Mon vrai nom est Elisabeth » d’Adèle Yon

« Je vais commencer par un livre qui m’a très directement inspirée pour la composition du personnage de Lucie, dans « Lucie del Lammermoor », que j’interprète actuellement à l’Opéra-Comique. Ce livre est « Mon vrai nom est Elisabeth » d’Adèle Yon. Il traite d’une grande affaire de famille et de la manière dont une femme, malmenée par les médecins, a été perçue comme folle pendant des décennies. Son arrière-petite-fille va mener l’enquête, c’est un véritable travail de mémoire. Ce livre m’a autant bouleversée que révoltée. Le récit d’Adèle Yon a été une source d’inspiration pour aborder cet opéra romantique de Donizetti et en révéler ce qu’il a de plus actuel et de plus intime, malgré les siècles qui nous séparent de ce chef-d’œuvre. La représentation de Lucie est un personnage très puissant aujourd’hui encore. Elle est opprimée, forcée à ce mariage arrangé par son frère, mais c’est quand même elle que l’on entend le plus pendant tout l’opéra. Et cela me paraît extrêmement fort. La question que je me pose : est-ce que la folie perçue par ces hommes, médecins tout-puissants, est vraiment celle que ressent profondément cette femme ? C’est cela qui fait, pour moi, le lien le plus évident avec le livre d’Adèle Yon. »

Rosalía

« J’ai découvert Rosalía à travers son dernier album, avant de me plonger dans toute sa discographie. Ce qui me touche chez elle, c’est sa capacité à conjuguer les codes de la pop star avec un ancrage très fort dans le folklore et les traditions. Je suis fascinée par ces artistes qui semblent faites pour vivre sous les feux de la rampe. Quand je la vois, je suis frappée par sa force, son intégrité et sa manière de faire entendre sa voix sans jamais renier ses influences premières. On ne la voit pas se rapetisser pour entrer dans un moule ; on la voit grandir et faire grandir ce moule avec elle. »

Mes adresses autour de l’Opéra-Comique

« En ce moment, je fréquente beaucoup le quartier de l’Opéra-Comique. J’aime particulièrement la rue Sainte-Anne, avec ses commerces de bouche et ses petits restaurants où l’on peut manger des nouilles, des soupes ou des onigiris. J’aime aussi me perdre dans les passages qui entourent le théâtre, notamment le passage Choiseul et ses librairies anciennes. C’est un Paris encore un peu secret que j’apprécie beaucoup. Et puis il y a le Café Jirisan, un coffee shop coréen juste derrière l’Opéra-Comique. Je l’ai découvert au début des répétitions. On y trouve de très bons cafés, de bonnes pâtisseries et une atmosphère chaleureuse. C’est exactement le genre d’endroit dont on a besoin avant d’entrer en scène. »

Les matins off

« Quand je ne travaille pas, j’aime ce que j’appelle les « matins off ». Nous, les artistes, avons un rapport un peu particulier au temps : nous nous couchons souvent très tard. Alors, quand j’ai eu mon compte de sommeil et que la maison se réveille doucement, j’apprécie ces moments suspendus. J’ai deux enfants, donc les petits-déjeuners s’éternisent entre constructions en Lego et cafés parfois un peu tièdes. On écoute beaucoup la radio, il y a toujours des livres ouverts sur la table, livres d’art, littérature jeunesse, albums pour enfants. Nous sommes des habitués de la librairie du quartier et de la bibliothèque. Les livres occupent une place immense dans notre maison. »

Les meilleures fraises d’Aix-en-Provence

« Juste après les représentations de Lucie del Lammermoor, je partirai à Aix-en-Provence pour le Festival. J’y retrouve chaque année un petit rituel : le marché de la place Richelme. Pendant quelques semaines seulement, au début de l’été, un marchand de fraises s’y installe toujours au même endroit. Il faut être attentif pour le repérer, mais cela vaut la peine : ce sont, de loin, les meilleures fraises que j’aie jamais mangées. À chaque festival, je m’en régale. »

 

 

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