La carte, nouvel horizon de création
Depuis qu’elle s’immisce dans les applis de nos téléphones, la cartographie n’a jamais fait autant un carton. À la fois outil du quotidien, objet de rêverie et clé de lecture du monde, elle nourrit une véritable « cartofolie ». Panorama d’une passion.
1/ L’exposition : « Cartes imaginaires. Inventer des mondes »
Des monstres marins de la Renaissance aux mondes de la fantasy, la cartographie n’a jamais cessé de fasciner les artistes. « Cartes imaginaires. Inventer des mondes » offre une traversée de cette histoire, réunissant près de 200 œuvres, des parchemins médiévaux aux jeux vidéo. On y croise la mappemonde d’Ebstorf peuplée de créatures chimériques, ou encore les atlas d’Abraham Ortelius où l’inconnu se peuple de merveilles. Longtemps les cartes ont mêlé observations et croyances, situant sur le globe des lieux aussi hypothétiques que l’Atlantide ou l’Eldorado. Entre science et légende, elles donnent corps à des territoires incertains, du paradis terrestre aux cosmographies asiatiques. La littérature s’en empare à son tour : de « L’Île au trésor » à « Narnia », la carte devient matrice narrative. Aujourd’hui encore les artistes détournent les codes, révélant ce que toute carte contient d’imaginaire. Car représenter le monde, c’est toujours déjà l’inventer. Y aller : Jusqu’au 19 juillet, BNF François Mitterrand.
bnf.fr

Abraham Ortelius. « Islandia », dans Theatrum orbis terrarum, 1595. BnF, Réserve des livres rares.
2/ La collection : « Atlas » des Éditions Arthaud
Avec une vingtaine de parutions à ce jour, la collection des Atlas fait dévier les cartes : elle explore le monde par ses zones grises, ses confins et ses territoires invisibles. Des abysses aux îles oubliées, des paysages olfactifs ou les fortunes de mer, chaque volume tisse savoirs scientifiques et récits habités, porté par des figures comme Jean-Claude Ellena ou Francis Hallé), autant que des écrivains voyageurs ou explorateurs. Magnifiquement illustrés, ces livres ouvrent des brèches dans le réel, là où la connaissance se teinte d’imaginaire. Après « L’Atlas des îles abandonnées », la collection poursuit sa dérive vers l’inexploré. Prochain cap en octobre : « L’Atlas des mondes souterrains » signé Éric Gilli, une plongée dans les profondeurs de la Terre.
Artaud.fr
3/ L’artiste : Marine Le Breton

Îles Kerguelen de Marine Breton
Formée aux Beaux-Arts de Lyon, Marine Le Breton opère en 2019 un virage décisif vers le dessin cartographique. À la pointe fine, ses « Cartes marines » déploie un littoral vibrant, à la croisée des sciences, de l’histoire et de l’imaginaire, comme des broderies tracées à même le territoire. Données hydrographiques, récits de navigation, mémoire des côtes : elle en tisse des images sensibles, où le réel affleure sans jamais épuiser l’imaginaire. Publié chez Hachette, son projet au long cours (« Cartes Marines. Poésie du littoral français en 130 cartes ») se prolonge cette année en un second tome dédié aux Outre-mer. Lauréate du prix de la Marine nationale, elle a embarqué en mission dans l’océan Indien, expérience qui nourria un prochain livre. Résidences, expositions et collaborations avec scientifiques ou institutions : son travail circule largement. Aujourd’hui en lice pour devenir peintre officielle de la Marine, Marine Le Breton impose une cartographie habitée, où la carte devient à la fois instrument de connaissance et espace de projection. lescartesmarines.fr

Nantes par Marine Le Breton
4/ Le collectif : Stevenson
Né du croisement entre artistes, géographes et penseurs, le collectif Stevenson explore la carte comme un langage à part entière : non plus seulement mesurer le monde, mais le raconter. Leur série des Mappa (éditée par Parenthèses) fonctionne comme un cabinet de curiosités cartographiques, où se côtoient cartes savantes, images vernaculaires et fragments imaginaires. De « Mappa Insulae » (îles réelles ou fantasmées) à « Mappa Urbis » (villes labyrinthes) ou « Mappa Naturae » (cartographies du vivant), chaque volume juxtapose images et textes dans un montage libre. Feuilletés comme on dérive, ces atlas privilégient l’association, l’écho, le vertige plutôt que la démonstration. Avec leur dernière parution « Mappa Mundi », le collectif poursuit cette cartographie indocile, entre science, poésie et puissance des images. editionsparentheses.com
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