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Faire évoluer sans renier : Philippe Zorzetto, une maison à l’épreuve du temps

À rebours des récits de croissance accélérée et des effets de mode, Philippe Zorzetto incarne une certaine idée de l’entrepreneuriat dans la création. Celle d’une maison qui avance sans tapage, en privilégiant la cohérence au spectaculaire, le temps long à la rupture permanente. Une trajectoire singulière, où la réussite ne se mesure ni à la vitesse ni au volume, mais à la capacité de rester juste dans son époque, sans jamais renier ce qui fonde l’identité d’une maison.

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Plus de quinze ans après la création de sa maison, Philippe Zorzetto n’est plus dans le temps de la fondation, mais dans celui de l’ajustement. Un travail discret, continu, qui consiste moins à se réinventer qu’à rester en phase avec son époque. Là où une partie de l’industrie de la mode a choisi l’accélération et la visibilité permanente, le chausseur parisien privilégie une évolution progressive, fidèle à ses piliers. « Je viens d’une famille d’artisans. Mon père était menuisier, mon grand-père a travaillé dans des ateliers de chaussures en Italie. La création de ma marque était déjà un retour aux sources, je sentais ce besoin de créer quelque chose qui me ressemblait, et de faire le lien avec cet ADN familial », se souvient l’intéressé. Contrôler le rythme, préserver les liens avec les ateliers européens, maintenir une relation directe avec la clientèle… dans un secteur souvent guidé par la vitesse et l’effet, Philippe Zorzetto fait le choix d’une autre mesure de la modernité : celle d’une marque capable de grandir sans se diluer, et de rester juste sans renoncer à avancer.

Son développement se traduit aujourd’hui par des décisions très concrètes : l’ouverture prochaine d’une seconde boutique, le renforcement de la vente digitale à l’échelle européenne, l’extension maîtrisée du wholesale, l’exploration de nouveaux marchés internationaux avec en premier lieu les Etats-Unis, la Corée, l’Europe du Nord, le Japon. « C’est très long, admet Philippe Zorzetto, l’enjeu est de trouver les bons partenaires sur place. Mais la marque est suffisamment implantée en France pour trouver sa légitimité à l’international et se déployer sur le même positionnement ». Autant de leviers de croissance, envisagés non comme une rupture, mais comme un déploiement cohérent de la maison et de son identité sur un marché qui évolue. « Il y a un retour à la chaussure plus habillée. Les jeunes générations notamment, délaissent les sneakers et retrouvent les constructions classiques, comme les mocassins, qu’ils portent d’une autre façon. » Un changement que l’entrepreneur associe à un retour au durable.

Le produit comme boussole du développement

Pensée avant tout pour être portée, éprouvée, réparée, chez Philippe Zorzetto la chaussure impose son tempo et ses contraintes à la stratégie de croissance, par l'inverse. Le développement de la maison ne précède pas le produit, il en découle. « Déjà à l’époque, je trouvais qu’il y avait beaucoup de chaussures bien faites mais très corporate, ou des chaussures plus actuelles mais de moins bonne qualité. J’ai toujours voulu proposer à mes clients des chaussures de haute qualité, mais dans un design moderne et faciles à porter. C'est ce que je veux continuer à faire, tout en me développant et en élargissant les frontières de ma marque. »

 

Cette approche se lit dans le dessin des modèles, volontairement sobres et durables, comme dans les choix de fabrication. Le fait main, les semelles en cuir cousu, le recours au cousu Blake, la souplesse des constructions, l’attention portée au confort immédiat tout en garantissant à la chaussure une bonne résistance, dessinent une offre conçue pour un usage durable sans négliger l’effet. « Les cuirs sont sélectionnés en France et en Italie et sont de très bonne qualité. Ils vont se patiner avec le temps, et seront même plus beaux un peu vieillis. Les paires de chaussures vont être gardées longtemps, évoluer avec ceux qui les portent », précise l’entrepreneur. Quant à l’approche artisanale, elle n’est ni un argument décoratif ni un marqueur nostalgique mais une infrastructure silencieuse, qui fixe les limites et la cohérence du développement possible pour ancrer sa croissance dans le réel. Le luxe revendiqué par Philippe Zorzetto n’est pas celui de la rareté spectaculaire, mais celui du temps : le temps de porter, d’entretenir, de revenir. Une logique qui transforme chaque paire en point de contact durable avec le client, et le produit en véritable moteur de fidélisation.

Déployer sans se dissoudre

Si la maison Philippe Zorzetto se développe, elle le fait sans jamais changer de ton. La marque continue d’avancer en s’appuyant sur ce qui la nourrit depuis ses débuts : la culture, les rencontres. Musique, cinéma, scène artistique parisienne : ces influences ne sont pas convoquées pour produire un discours, mais infusent naturellement le dessin des chaussures, leur allure, leur manière d’être portées.

Cette approche se retrouve dans les collaborations, qui ne répondent pas à une logique d’opportunité ou de visibilité, mais à des affinités réelles et des rencontres imprévues. David Bowie, Jane Birkin ou encore John Malkovich, les artistes et personnalités qui portent ou ont porté Zorzetto ne sont pas des ambassadeurs au sens marketing du terme, mais ont véritablement choisi de porter ces chaussures, pour eux. « Dès le début j’ai chaussé énormément de célébrités, qui m’ont elles-mêmes choisie. J’ai eu la chance travailler avec de nombreux d’artistes tels que Mathieu Chedid, j’ai beaucoup chaussé le cinéma français avec Jean Dujardin, Romain Duris ou Charlotte Gainsbourg, aussi bien pour leurs films que pour leur vie. Cela m’a permis de prendre confiance en moi, en ce que je faisais, d’autant que je ne délègue pas la partie créative », confie le chef d’entreprise. À mesure que de nouveaux territoires s’ouvrent, ce socle culturel reste central.

Chez Philippe Zorzetto, la croissance n’est pas un objectif en soi, mais la conséquence d’un projet resté authentique et lisible dans le temps. En ouvrant de nouveaux lieux, en développant le digital ou en abordant de nouveaux territoires, la maison ne change pas de nature : elle s’étend avec retenue, fidèle à son rythme et à son univers. À rebours des logiques d’expansion rapides, Zorzetto assume une trajectoire faite d’équilibre et de continuité. Une réussite silencieuse, ancrée dans le réel, où le produit, l’usage et la culture demeurent les véritables leviers du développement. « Quand on créé une marque, un business et que l’on commence à exister, on pense au bout de quelques temps que le plus dur est fait. Mais le plus dur, c’est de grandir sans détruire, ce qui est en réalité assez complexe. Je crois qu’il faut y réfléchir dès le début, tout en se laissant de temps de trouver son ADN. Cela vient avec le temps, mais c’est la clé pour grandir authentiquement », conclut l’entrepreneur.

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