Le vitrail reprend des couleurs
Longtemps associé au patrimoine religieux, cet art de la lumière séduit désormais une nouvelle génération en quête de couleur, de matière et de singularité. Tour d’horizon.
Aux Franciscaines, l’œuvre "Ceux qui traversent » de Clara Rivault (2026) © Naïade Plante
Longtemps cantonné aux églises et aux cathédrales, le vitrail semble avoir quitté la sacristie pour entrer dans nos salons. Depuis quelques années, cet art millénaire connaît un regain d’intérêt. La polémique autour des futurs vitraux de Notre-Dame a rappelé à quel point il demeure un terrain de création bien vivant. Dans le même temps, architectes, décorateurs, galeristes et collectionneurs redécouvrent les pouvoirs de ce matériau capable de transformer la lumière en émotion. Hôtels, boutiques, immeubles, restaurants, maisons particulières ou centres d’art : partout le verre coloré s’invite comme un antidote à la standardisation des intérieurs. Artisanat d’excellence, art contemporain ou simplement objet décoratif… Le vitrail vit aujourd’hui une seconde jeunesse.
1/ Une artiste contemporaine : Clara Rivault

« Lidagat » par © Clara Rivault (Vitrail France Glass, 2023)
L’histoire était écrite dans le verre : alors qu’elle venait de réaliser son premier vitrail, Clara Rivault découvre ses liens familiaux avec le célèbre maître verrier Didier Alliou. Un héritage révélé sur le tard qui éclaire le parcours de cette artiste trentenaire, fascinée par la lumière depuis ses années d’atelier suspendu au-dessus de la ville. Mêlant photo, verre et plomb, elle compose des œuvres où ses souvenirs familiaux et la mythologie se recomposent. Elle a signé cette année aux Fransiscaines de Deauville le monumental « Ceux qui traversent », premier vitrail pérenne du lieu, vaste portail de lumière ouvert sur la ville. Elle prépare aussi les nouveaux vitraux de l’église de Saint-Paterne à Saint-Pair-sur-Mer, en Normandie, attendus en 2027. clararivault.com

Clara Rivault @Adrien Thibault
2/ Une trace historique : Claire Tabouret à Notre-Dame

L’exposition « D’un seul souffle », au Grand Palais, où l’on pouvait découvrir les maquettes des six vitraux destinés à la cathédrale. ©Simon Lerat
Six vitraux, sept mètres de haut chacun et déjà des milliers de commentaires. Et les gargouilles n’ont pas fini d’en parler… À Notre-Dame, les futurs vitraux de Claire Tabouret ont déclenché une polémique nationale avant même leur installation. Inspiré par la Pentecôte, ses compositions monumentales aux couleurs éclatantes célèbrent l’harmonie entre les peuples et la diversité des langues. Réalisées avec l’atelier Simon-Marq, elles remplaceront six verrières du XIXe siècle dans le bas-côté sud de la nef. Une commande historique qui rappelle que le vitrail reste, neuf siècles après la construction de la cathédrale, un art bien vivant. clairetabouret.com

Claire Tabouret © Claire Dorn
3/ Une artisane verrier : Sophie Toporkoff

Dans l’atelier de Sophie Toporkoff, dans le quartier de la nouvelle Athènes, à Paris ©DR
Après une dizaine d’années passées à la direction de création d’Hermès, et auparavant chez Maison Margiela, Sophie Toporkoff ouvre un nouveau chapitre de son parcours en fondant à Paris un atelier dédié au vitrail contemporain. Plus qu’une reconversion, elle y poursuit le même geste créatif à travers un autre médium : la lumière. Ses réalisations, visibles notamment dans les boutiques À La Mère de Famille (rue Saint-Placide et avenue Victor Hugo, à Paris), à la Villa Junot ou encore au Palm Beach à Cannes pour Chrome Hearts, témoignent d’un vocabulaire particulier où se mêlent géométries modernes et réinterprétations de motifs historiques. Fidèle à l’esprit collaboratif qu’elle cultivait dans la mode, elle invite régulièrement illustrateurs, graphistes, artistes à concevoir des œuvres à quatre main. Nourri autant par le maître verrier moderniste Louis Barillet que par les vitraux minimalistes d’Aurélie Nemours à Salagon, son travail revendique une vision contemporaine d’un savoir-faire ancestral.

Sophie Toporkoff © NB

À l’œuvre dans l’atelier… ©Tiphaine Caro

© Tiphaine Caro

Vitrail de l’Atelier Toporkoff pour un lieu privé ©AgatheBoudin

Réalisation de Sophie Toporkoff pour la marque Chrome Hearts ©Pablo Gonzalez
4/ Une visite : La Cité du vitrail à Troyes

Inauguration de l’exposition « Passavant le Meilleur » © V. Colin
Ici, les vitraux ne se regardent plus le nez en l’air. Ouverte à Troyes en 2022, la Cité du Vitrail invite à découvrir cet art millénaire à hauteur de regard, dans le décor majestueux de l’ancien Hôtel-Dieu-le-Comte. Du Moyen-Âge aux créations les plus contemporaines, le parcours fait dialoguer chefs-d’œuvre anciens et signatures d’aujourd’hui : Fabienne Verdier, Gérard Garouste, Kehinde Wiley, Aurélie Nemours et l’illustre René Lalique. Une belle manière de comprendre pourquoi le vitrail n’appartient plus seulement aux cathédrales. Jusqu’au 31 octobre, l’exposition « Passavant le Meilleur ! » plonge le visiteur dans l’âge d’or de la Champagne médiévale à travers près de 300 œuvres. cite-vitrail.fr

Détail de « Madone et Enfant » de Kehinde Wiley (Ateliers de République tchèque, 2016)
© Arch. Dép. Aube - E. Viollet © Kehinde Wiley Studio

Panneau d'essai de « La Genèse du Verbe » de Gérard Garouste pour l’église Notre-Dame, à Talant (Atelier Pierre-Alain Parot, 1995-97)
© Arch. Dép. Aube - E. Viollet © ADAGP, Paris, 2025

Panneau d’essai pour « Vitrail du millénaire représentant des fruits » de Véronique Ellena, Notre-Dame de Strasbourg (Atelier Parot à Dijon, 2015) © Arch. dép. Aube / Elsa Viollet

« Pentecôte » d’Aurélie Nemours (1960)
© Arch. dép. Aube / Elsa Viollet

« Oculus : Vortex ascendant et en expansion » de Fabienne Verdier (Manufacture Vincent-Petit à Troyes, 2021)
©Studio OG
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