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Inclusion et diversité : comment briser le plafond de verre dans les industries culturelles et créatives ?

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8 min

Table Ronde Diversité Et Inclusion

La diversité et l’inclusion étaient au cœur des sujets de la table ronde sur « Les industries culturelles et créatives : des opportunités pour tous », organisée lors de l’édition 2022 de We Are French Touch. L’occasion de tendre le micro à trois personnalités. Trois récits, trois parcours, trois belles réussites. Et autant de manières de crever le plafond de verre.


La filière des Industries Culturelles et Créatives (ICC) est l’une des plus dynamiques de l’économie française notamment en termes de création d’emplois. La vitalité de ces secteurs est un atout majeur dans la stratégie de la France à l’export. Mais c’est aussi un vecteur de cohésion sociale. Dans ce contexte, comment se pose la problématique d’accès à l’emploi, aux formations et à leur financement ? Pour Laurence Le Ny, directrice de l’écosystème « start-up » des industries créatives chez Orange, modératrice de cette table ronde, le sujet peut se résumer ainsi : « la filière a énormément d’atouts, avec des grandes écoles et des startups qui réalisent de belles levées de fonds… Il existe pourtant toujours un plafond de verre que l’on constate être parfois double, voire triple ! ». Pour en témoigner et, aussi, apporter des solutions, Laurence Le Ny donne la parole à trois professionnels.

Du rap au milieu associatif international, le parcours de Naim Zriouel, co-fondateur de Synergie Family et de L’Epopée

Ma première passion a été pour les cultures urbaines. Entre 14 et 24 ans, pour faire court : j’ai fait du rap et des bêtises ! Je me suis servi de la musique comme un exutoire, sans me rendre compte qu’en jouant du rap je développais aussi d’autres compétences. Mon premier plafond de verre a donc été cette autocensure. Je ne me prenais pas du tout au sérieux, je n’avais pas le bac, à peine le brevet. Mais j’ai eu la chance de faire quelques rencontres notamment le père d’un des membres de notre groupe. Avec lui, on a créé l’association « Mektoub move » qui m’a fait prendre conscience que j’avais entre les mains un vrai métier d’organisateur d’événements. Une deuxième vie a alors commencé : j’ai eu mon baccalauréat avec mention, je me suis inscrit en fac de droit, pour ensuite me lancer dans une carrière de juriste d’affaires et d’enseignant, tout en continuant secrètement à toujours écrire du rap. Enfin j’ai commencé une troisième vie professionnelle : chez Airbus Helicopters. Une belle entreprise où j’ai énormément appris, et au sein de laquelle mon profil de créatif s’exprimait peu.

Il y a dix ans j’ai tout lâché pour créer « Synergie Family » avec un groupe d’amis : une structure associative qui représente aujourd’hui 600 collaborateurs localisés à Marseille, Lyon, la Réunion et en Afrique. On aide les jeunes à trouver leur voie grâce à la musique, au théâtre, etc. Le message à transmettre : peu importe qui vous êtes, peu importe si vous avez un handicap, un frein, un plafond de verre, vous avez forcément un rêve, un talent ou une envie à exprimer. « Synergie Family » a racheté en plein milieu des quartiers nord de Marseille les anciens locaux de Ricard (19 000 m2) afin d’y créer un village de l’innovation éducative. Un lieu de vie et de formation où vous pouvez croiser toutes sortes de populations, des jeunes des quartiers, des papys qui jouent aux cartes en passant par des rappeurs, des chefs d’entreprise, etc.

J’ai enfin créé un autre projet, « L’Epopée », qui réunit des jeunes en grande difficulté et des cadors de l’industrie. Pendant deux jours en séminaire ces décideurs vont, aidés par ces jeunes, réparer des vélos, des meubles… Tous sont profondément touchés par cette expérience. Je sais qu’en sortant du séminaire ils vont passer à l’action. »

De la comptabilité à la musique classique, un pas franchit par Clothilde Chalot, co-fondatrice de Digital Music Solutions et de NomadPay

« J’ai commencé par vouloir faire une école de cuisine. Mes parents m’ont répondu que c’était trop loin, trop cher et trop dur pour une femme. J’ai donc fait un BTS comptabilité. Mais j’ai vite changé de voie pour me lancer dans des études de droit. Prête à tout pour décrocher un premier job, je postule à un poste de bibliothécaire à l’Opéra de Rouen. J’ai été prise sans comprendre que j’allais travailler dans une bibliothèque de partitions. C’est ainsi que je suis devenue une spécialiste de ce domaine peu développé en France à l’époque.

En arrivant à Paris, je deviens intermittente technicienne d’orchestre. Un métier d’homme : ma première fiche de paye indiquait même « garçon d’orchestre » ! Je suis ensuite embauchée à l’Opéra de Paris, suite à quoi je souhaite m’orienter vers la direction technique. Mais on me rétorque, encore une fois, que ce n’est pas un métier de femme. J’atterris donc finalement dans une formation d’administratrice qui me mène à la Maison de la musique de Nanterre où se posent à moi de nouvelles problématiques propres à la banlieue.

C’est bien après, en travaillant pour un label de musique baroque, que je suis revenue à cette notion de décloisonnement : comment faire découvrir le répertoire de musique classique à des jeunes qui ne la connaissent pas ? J’ai donc créé « Digitale musique solution » avec l’objectif de rendre accessible cette musique à tous ceux qui jouent de la musique, mais qui n’ont pas forcément cette culture du classique. Un karaoké de la musique classique, en somme, puisque le principe est de pouvoir jouer, sur un morceau de musique, le son d’un instrument qui a été retiré du morceau en question.

En devenant entrepreneure, j’ai continué à être confrontée à d’autres plafonds de verre. Par exemple, lorsque vous recherchez un financement auprès de fonds d’investissement, si vous êtes une femme il est préférable d’aller au rendez-vous avec un homme même si celui-ci n’est pas porteur du projet ! »

De France Télévision à Netflix, le combat pour l’inclusion et la diversité à l’écran de Catherine Jean Joseph Sentuc, consultante en production audiovisuelle et cinématographique

« Je suis dans le métier de l’audiovisuel depuis trente ans. L’inclusion et la diversité étaient des sujets qui n’existaient pas à l’époque. C’est en devenant agent de comédiens que j’ai pris conscience des plafonds de verre. Ces sujets sont alors devenus pour moi un engagement fondamental dont le véritable déclencheur fut une conférence organisée à l’Unesco mêlant des décideurs à un parterre de représentants de la diversité et qui exprimaient leurs difficultés à trouver du travail.

C’est en intégrant France Télévision, puis d’autres médias, que j’ai pu concrètement mettre en lumière des talents dans des films en cherchant à casser les préjugés. J’ai toujours abordé ces questions de façon pragmatique et économique. Comment intégrer dans des films des groupes sous représentés, mais qui ont un potentiel économique ? Si on se coupe de l’imaginaire d’une partie de la population française, on se coupe de l’imaginaire français dans sa globalité. J’ai poursuivi cet engagement chez TF1 puis j’ai monté une école d’acteurs pour les jeunes talents émergents des quartiers populaires et de la ruralité avant d’intégrer Netflix.

Toutes ces années, j’ai vu le vocabulaire évoluer. On parlait d’abord de « minorité visible », puis de « diversité », et maintenant d’« hybridation »… Mais ce n’est pas en changeant les mots qu’on arrivera à faire bouger les choses. Chacun d’entre nous a une image bien différente de ce qu’est la diversité : pour moi ce sera la question sociale, pour vous le handicap, etc. L’inclusion est en action dès lors que nous nous mettons tous ensemble autour de la table. Quand Netflix International m’a appelée pour une mission dite expérimentale, j’ai été chargée de créer un programme d’intégration, d’inclusion et de diversité à chaque étape du développement d’une œuvre, de la réflexion jusqu’à la livraison.

Aujourd’hui, ce programme est déployé à l’échelle européenne. L’objectif était encore une fois très pragmatique : toucher le plus large public possible. Ce qui est vraiment intéressant, c’est le chemin pour y parvenir. Sur ces sujets, si on cherche juste à remplir des cases cela ne fonctionne pas. Il faut avoir du courage et de l’authenticité pour accepter nos différences, et aussi de l’humilité. Travailler sur l’inclusion et la diversité, c’est travailler sur les rapports humains. C’est forcément une mission de longue haleine, mais aussi un challenge à l’échelle individuelle. Comment déplacer son mental, comment ne pas se déconnecter de ses émotions ? Et toujours ramener le débat aux valeurs humaines. Parce que ce point-là n’est pas négociable. »

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