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Empreinte numérique : « Il serait temps aussi de comprendre que le passage à l’acte ne demande pas tant d’efforts »

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7 min

empreinte numérique téléphone

Réduire notre empreinte numérique est l’un des grands défis d’aujourd’hui. Si la prise de conscience s’accélère, la France reste encore à la traine. Que ce soit à la maison ou en entreprise, à chacun d’agir … et de s’informer. Explication et décryptage des enjeux.


Entrée en vigueur en janvier 2022, la loi dite REEN vise à réduire l’empreinte environnementale du numérique. Elle marque un premier pas vers la sensibilisation des jeunes et la formation d’ingénieurs à l’écoconception. Son mérite est aussi d’être la première loi qui fait le lien, dans son intitulé, entre le numérique et son impact sur l’environnement. Mais si la dynamique d’un numérique vertueux se précise, autant dans les entreprises qu’à l’échelle individuelle, la prise de conscience collective qui mènerait à une remise en cause de nos usages pour atteindre fameuse « sobriété numérique » défendue par les experts semble encore loin. Avant d’éteindre nos ordinateurs pour la grande pause estivale, retour sur les principales notions de l’empreinte numérique et les véritables enjeux du Green IT.

« Il ne sera bientôt plus possible de fabriquer des ordinateurs »

L ’impact environnemental du numérique est responsable de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour Frédéric Bordage, fondateur du collectif d’ingénieurs indépendants Green IT, la donnée reste insuffisante. L’empreinte carbone est loin d’être la seule source d’impact. Et le spécialiste de citer les résultats d’une étude de l’Ademe/Arcep parue en janvier dernier afin de répondre au besoin d’une évaluation plus complète. Car contrairement aux idées reçues, bien avant l’ajout de pièces jointes à nos mails et le « binge watching », la première cause d’impact néfaste du numérique sur l’environnement est directement liée à la fabrication des smartphones, ordinateurs, écrans et autres objets connectés.

Selon cette récente étude, il y aurait une quinzaine de « crises environnementales majeures » liées à l’impact du numérique. En première ligne, l’épuisement des ressources abiotiques. « Un ordinateur est fabriqué à l’aide de cinquante métaux différents, auxquels il convient d’ajouter des minéraux comme le silicium pour la construction des microprocesseurs, du pétrole pour la coque, etc. Ces ressources sont en quantités finies sur terre et on estime aujourd’hui qu’il reste environ trente ans avant l’épuisement des stocks accessibles… Il ne sera bientôt plus possible de fabriquer des ordinateurs. Que cela nous satisfasse ou pas l’organisation de nos sociétés, la santé, la communication, les transports, dépendent directement du numérique. Le risque qui menace, si nous n’anticipons pas la disparition de ces ressources d’ici à une ou deux générations, c’est un changement brutal de civilisation », explique Frédéric Bordage.
L’étude pointe aussi les radiations ionisantes (c’est-à-dire liées à la consommation d’électricité provenant du nucléaire) et les émissions de gaz à effet de serre, citées à la troisième place. Ce qui appelle un autre chiffre, « le seul à retenir », suggère l’expert : « le numérique pèse 40% du budget soutenable d’émissions de gaz à effet de serre d’un Européen ».

En France, un adulte de 18 ans a déjà possédé en moyenne cinq téléphones mobiles

Monter en maturité et passer à un usage raisonné du numérique, cela commence par cesser d’ignorer la situation. « Il serait temps aussi de comprendre que le passage à l’acte ne demande pas tant d’efforts », insiste le spécialiste pour qui la clé serait de stopper le renouvellement à tout-va des terminaux, téléphones mobiles, ordinateurs, écrans, etc. En France, un adulte de 18 ans a déjà possédé en moyenne cinq téléphones mobiles. Enfin, selon Frédéric Bordage, on compte en moyenne 15 équipements connectés par personne en France, contre quatre en moyenne mondiale. Éviter de se suréquiper et favoriser la réparation et le réemploi en achetant en priorité de l’équipement reconditionné sont les réflexes fondamentaux à connaître. « Puisque ce qui compte c’est la durée de vie totale de l’équipement. On est loin des injonctions de l’écologie punitive ! », poursuit-il avant de lister les autres gestes à adopter. « S’assurer que les équipements qui ne fonctionnent plus sont dirigés vers des points de collecte agréés afin d’être dépollués à défaut d’être recyclés, et, enfin, éviter les mésusages, c’est-à-dire ne plus écouter de la musique sur YouTube en 4G, en téléchargeant inutilement des gigas d’images, mais se fendre d’un abonnement Spotify ».

À l’échelle de l’entreprise, la maturité face à ces nouveaux enjeux se manifeste à deux niveaux. « Il y a d’abord les entreprises qui entament des démarches afin de réduire les impacts environnementaux, économiques, sociaux liés à leur informatique. Et celles qui ont compris que la sobriété numérique pouvait être un facteur de compétitivité. Ce deuxième profil est typiquement celui de la start-up qui sait associer low-tech et high tech, en créant, par exemple, un super calculateur météo pour les agriculteurs de pays africains, et en leur communiquant les prévisions à l’aide de craies et de tableaux noirs puisque 30% de ces paysans ne savent pas lire et ne sont pas équipés de portables. Le monde de demain devra être ainsi, hybride ».

L’enjeu pour les marques : ne pas déclencher l’obsolescence des terminaux

Quels enjeux par secteur ? Dans celui de la mode, réduire l’empreinte numérique d’une marque consiste en premier lieu à réduire l’impact du site marchand. « Cela s’effectue facilement grâce à de petites améliorations… Comme limiter la quantité des articles qui vont s’afficher, compresser les images… L’enjeu principal est de ne pas déclencher l’obsolescence du terminal de l’utilisateur qui veut acheter en ligne. C’est tout à fait envisageable rien qu’en appliquant le premier niveau d’écoconception web », conseille l’expert de Green IT.

Dans le secteur du « gaming », l’enjeu s’exprime au niveau de la qualité des écrans. « Si le créateur du jeu vidéo impose une très haute définition d’images, le joueur dont l’écran n’est pas compatible devra inévitablement changer de terminal. Sur ce point l’esprit de la Wii est tout à fait inspirant, cette console familiale au succès phénoménal en dépit d’un d’écran de piètre qualité… Une logique qui fonctionne aussi pour les spectacles vivants ou les musées qui proposent de plus en plus des visites d’expositions virtuelles ». Quid de la VOD, de la production de séries TV : « L’impact environnemental d’une heure de streaming est à 90% lié à la fabrication de la télévision. On en revient encore une fois à la même logique. L’enjeu est d’abord de ne pas déclencher l’obsolescence de cet écran », conclut-il. Et d’assurer au téléspectateur en bout de ligne une expérience de qualité qui ne nécessite pas de recourir à une technologie très évoluée.

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